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vendredi, 30 septembre 2005

Les armes de la critique

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La deuxième mouture du Petit Critique illustré (Editions PLG, 2005) vient de paraître.
Après sept ans de bons et loyaux services auprès des chercheurs comme des amateurs, l'ouvrage d'Harry Morgan et Manuel Hirtz fait l'objet pour cette année d'une refonte. Celle-ci recense désormais près de 1100 ouvrages de langue française et, nouveauté bienvenue, près de 250 ouvrages de langue anglaise.
Le Petit Critique illustré (PCI) reste toujours, comme il l'annonce lui-même sans fausse modestie : "un remarquable guide bibliographique et critique, c'est-à-dire une recension exhaustive de tout ce qui a été écrit en français sur la bande dessinée, depuis les origines, avec une évaluation des ouvrages selon des critères indiscutables".

Ce sont justement ces "évaluations" qui ont fait passer le PCI et ses auteurs à l'époque de sa première sortie, pour des vilains petits canards jetant un pavé dans la mare de la critique bédéphile, tirant sans ménagement sur certains patriarches, réévaluant sérieusement et de façon argumentée leurs écrits qui demeuraient des références (et malheureusement les seules) monolithiques en la matière. En sept ans, l'eau a passé sous les ponts, et Morgan et Hirtz notent qu'aujourd'hui leur prose ne choque plus, alors qu'en 1997, ils étaient accusés d'une certaine "méchanceté" à une époque où il était  "traditionnellement défendu de faire la moindre restriction sur une œuvre ou un auteur, y compris un auteur écrivant sur la BD". Mais la survivance de cet esprit corporatiste plane encore aujourd'hui sur la bande dessinée, notamment dans la presse spécialisée BD et une grosse majorité des sites web. Dès que certains déclarent leur indépendance vis-à-vis de cette Grande Famille de la Bédé, la foudre s'abat sur l'outrecuidant pour le remettre en place et lui rappeler la primauté de valeurs fleurant bon le moisi : travail, tolérance, succès public.  

medium_critiqillust.jpgMais revenons au PCI... A noter : l'indispensable extension que beaucoup de dictionnaires et autres guides devraient prendre en exemple : une mise à jour permanente du PCI est consultable en ligne sur Adamantine, le webzine d'Harry Morgan.
Et aussi : Exercice amusant, et qui évitera à Harry Morgan et Manuel Hirtz d'organiser pour la sortie du nouveau PCI  une conférence de presse, de faire déplacer et de répondre aux pertinentes questions des nombreux zé talentueux journalistes de bande dessinée : une "interview mutuelle des auteurs" (toujours sur Adamantine) où les auteurs se congratulent (et ils ont bien raison !) et nous précisent les nouveautés et partis pris de cette édition (comme cette "pétition de principe" de ne pas créer de section spéciale pour les ouvrages consacrés à Hergé,  un bande dessinateur comme les autres après tout).

Et puis, pour ceux qui s'intéressent à la face théorique de la bande dessinée, nous vous conseillons de prendre le temps de lire la somme du même Harry Morgan  (par ailleurs, clone du défunt Hunter S. Thompson...). Ses Principes des littératures dessinées (L'An 2, 2003) apporte un prolongement des considérations parsemant le PCI. Morgan y évalue notamment, de façon critique, les différents courants théoriques de ce qu'il nomme "stripologie".

Goûtez au moins à la prose morganienne sur Adamantine (résumé et paratextes de son PLD), et si vous êtes vraiment un homme pressé, survolez ses  culture quikies, et notamment ses "Dix erreurs courantes de la littérature spécialisée", pour briller en société (dédicaces, soirées de lancement d'albums, festivals, etc.) et rabattre leur caquet aux spécialistes de la spécialité, une coupe de champagne à la main.

[Par Le Télégraphiste]
(En illustration de tête : extrait d'un tract du CMDO, mai-juin 1968)

Commentaires

Je pensais trouver en cet ouvrage un outil de travail... ce qui reste à démontrer. Si occasionnellement, certains articles permettent de se faire une idée du contenu des bouquins dont il est question, la plupart du temps, les auteurs se contentent de mettre en lumière les noms mal orthographiés, les erreurs de dates etc.

Le Petit Critique illustré est donc avant tout une bibliographie complète des ouvrages parus sur le thème de la bande dessinée, agrémentée d'une collection d'errata signalés de façon relativement divertissante.



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En revanche, je ne cache pas mon agacement en lisant des propos comme : "nous renvoyons le lecteur qui souhaiterait en savoir plus sur ce sujet à la première édition du présent ouvrage". (Cf. leur article sur le Que sais-je de Annie Baron-Carvais).

Une seconde édition, généralement, enrichit et précise le contenu de la précédente, au lieu de l'élaguer.

Ecrit par : brio | vendredi, 21 octobre 2005

Je te trouve dur.

Le simple fait que cet ouvrage présente un corpus de façon exhaustive en fait un outil de travail. Ce guide permet au chercheur de se faire une idée des connaissances/recherches qui ont été éffectuées sur un sujet. Et au néophyte de ne pas tomber sur les pires livres sur le genre.

Les auteurs ont une vraie approche critique des différents discours contenus dans ces livres.
Je te renvoie à la page 220 de ce PCI où Morgan et Hirtz présentent leur guide : ils expliquent très lucidement ce à quoi peut ressembler la lecture du PCI.

Concernant le "Que sais-je", c'est vrai que ce renvoi est assez étrange. Il semble que ce soit la seule notice qui fasse l'objet d'un tel traitement. En même temps, on peut penser que Morgan et Hirtz exècrent tellement cet ouvrage qu'ils ont voulu remettre son auteur à sa place, avec un laconisme railleur : Que sait Annie Baron-Carvais sur la bande dessinée... Rien !

Cette blague à part, ce nouveau PCI est largement augmenté par rapport à sa première édition (même s'il manque les revues) : il n'y a qu'à voir la section anglaise...

Ecrit par : Le Télégraphiste | mercredi, 02 novembre 2005

Oui, tu as raison : mon commentaire ci-dessus était très exagéré. Je me suis replongé plus en profondeur dans Le petit Critique illustré, et l'ouvrage vaut bien mieux que ce que je laissais entendre ci-dessus.

La performance la plus spectaculaire étant, bien entendu, d'avoir réussi à rendre agréable à lire cette succession d'avis critiques, grâce à un humour souvent caustique, mais aussi grâce à l'originalité et à l'intelligence du propos.

Ecrit par : brio | lundi, 14 novembre 2005

Philippe Morin qui, d'une part, avait accueilli favorablement - dans son fanzine PLG - le Que Sais-Je à sa sortie et, d'autre part, a "subventionné" l'ouvrage du dénommé (et auto-surnommé !) Harry Morgan, sait ce que je pense des réflexions de ladite personne, en empruntant à Gainsbourg je dirai : No comment ! D'ailleurs Morin m'a récemment précisé que dans cette seconde édition Morgan avait été plus sympathique à l'égard du QSJ ; j'avouerais que je n'ai pas eu la curiosité d'aller feuilleter le PCI dans une librairie... A l'époque de la première édition, Pierre Couperie - qui en sait plus sur la BD que n'en sauront jamais les auteurs de cet ouvrage dont la principale originalité est d'avoir voulu critiquer ceux qui avaient écrit certains ouvrages qu'ils auraient peut-être voulu écrire... - avait très peu apprécié l'acharnement, sans intérêt et sans grande valeur à son avis, dont ces jeunes gens (puisqu'ils m'appellent respectueusement "Madame Annie Baron-Carvais") avaient témoigné. Pierre voulait leur apporter une réponse, ce que j'ai jugé inutile car, comme beaucoup, je trouve leurs critiques non constructives. Je leur reconnais un humour caustique mais préfère m'abstenir de commenter l'intelligence du propos... Ce n'est certes pas un outil de travail! Contrairement à ces personnes, je n'ai pas la prétention de TOUT savoir sur la BD, mais je suis pour le moins certaine de mieux servir cet art que les auteurs du PCI. De nombreux artistes d'ici et d'outre-Atlantique le leur auraient volontiers confirmé : Jack Kirby,Will Eisner ou Jean-Claude Forest aujourd'hui décédés, ou encore Bill Sienkiewicz, Gilbert Shelton, Paul Gillon... Mais je n'ai besoin de personne pour me "défendre", je continue à aimer la BD et sors en codirection un très bel ouvrage sur le sujet en Septembre 2006 chez Denoël avec une trentaine de passionnés de BD de divers pays qui ont déjà commis des ouvrages sur le sujet. Aux lecteurs de juger...

Ecrit par : Annie Baron-Carvais | lundi, 26 décembre 2005

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