vendredi, 07 avril 2006

Maître à penser

groenst.jpg

Le 11 avril prochain, Thierry Groensteen sera l'invité de la huitième séance du séminaire Bande Dessinée organisé par les élèves de l'École Normale Supérieure : « Ancien rédac chef des Cahiers de la bande dessinée, ancien directeur du Musée de la Bande dessinée d'Angoulême, auteur de travaux théoriques, rédacteur de 9e Art et fondateur des éditions de l'An 2, Thierry Groensteen fait partie du petit nombre de spécialistes de la bande dessinée qui plaident depuis des décennies pour lui accorder ses lettres de noblesse théoriques et critiques, en l'inscrivant à la fois dans une histoire constituée (parce que la bande dessinée a très peu de mémoire d'elle-même) et dans une méthode d'analyse solide (parce que l'indigence de la plupart des critiques fait peur à voir). À l'heure où les Avant-Gardes se remettent à picorer gaiement le cuir épais des mastodontes de la distribution du produit BD, la vision que T. Groensteen a de la bande dessinée vaut qu'on lui prête l'oreille. »

Ce séminaire vient à point pour faire le tour de l'actualité édirorial chargée de Groensteen : en avril, il sortira un essai sur le comique hergéen intitulé Le Rire de Tintin, aux éditions Moulinsart.
Un livre de pédagogie de la bande dessinée devrait paraître chez Actes Sud, et une réflexion sur la place de la bande dessinée dans la culture intitulée Un objet culturel non identifié est prévu à l'automne chez l’An 2.
Ce dernier ouvrage prendra place dans la collection Essais. Il en constituera seulement le troisième opus, ce qui désole notre éditeur-critique. En effet, dans son édito d'avril sur le site de l'An 2, Groensteen est résigné : « Nous sommes tributaires des projets qui nous sont proposés. 'Essais' n’a, pour l’heure, rien vu venir de bien intéressant, et il ne m’a pas paru indispensable d’accueillir de énièmes études sur Astérix ou Blake et Mortimer, qui ne démontraient pas grand-chose. »

Du côté des monographies de maîtres de la bande dessinée, on notera qu'un alléchant livre sur l’art d’Alain Saint-Ogan, le père de Zig et Puce et notamment collabo vichyste, est également au programme de l'éditeur angoumoisin. Plus désolant, le projet d'éditer la quasi-totalité des histoires muettes de Henry M. Bateman, le génial dessinateur anglais est tombé à l'eau; les ayants droit s'étant retractés au dernier moment...

Sachez enfin qu'une traduction américaine de sa somme théorique, Système de la bande dessinée, doit paraître sous le titre The System of Comics chez The University of Mississippi Press. Et puis, Groensteen réenfilera la casquette de scénariste avec PatCab aux pinceaux pour un ouvrage intitulé Les Pierres aveugles (toujours chez L’An 2).

Pour ceux qui veulent en savoir plus, l'homme possède son site personnel sur lequel on retrouve son imposante biblio, ainsi que quelques essais inédits : http://www.mediadesk.com.fr/groensteen/

Franck Aveline s'était entrenu avec lui en 1998, le resultat fut publié à l'époque par feu L’Indispensable dont les meilleures pages renaissent grâce au site du9.

[Le Télégraphiste]

jeudi, 15 septembre 2005

Le sursaut de l'hydre associative

medium_lassociation2005hydre.2.jpg

Samedi dernier, L'Association organisait aux Voûtes, non loin de la BnF, son assemblée générale ordinaire annuelle. Cette réunion, où sont habituellement réunis tous leurs "supporters", est l'occasion de faire le point, d'annoncer les nouveautés à venir et de rappeler que l'hydre à six têtes (J.-C. Menu, Lewis Trondheim, David B., Stanislas, Killofer et Matt Konture) fête cette année ses 15 ans d'existence. Quinze ans certes, mais les associés ne s'encroûtent pas : à la question posée par un auditoire sans vergogne : "vous sentez-vous vieux ?", ils répondent par la négative, mais avouent tout de même être troublés de recevoir de plus en plus de dossiers de dessinateurs qui n'étaient pas encore nés quand, eux, se lançaient dans l'aventure éditoriale.

Passons au programme : après une période de flottement due au report incessant d'ouvrages programmés, Menu semble avoir repris les rênes de la Bête qui semblait s'endormir sur son tas d'or : 13 titres sont annoncés, dont nous retiendrons la sélection suivante : un important ouvrage regroupant les travaux de jeunesse de Stanislas (qui ouvre une nouvelle collection intitulée "Archives") ; Crazyman, ou les aventures inattendues d'un super héros selon Baudouin ; un nouveau Pascin en couleurs directes par Sfar ; une nouvelle réédition d'Hypocrite de Jean-Claude Forest ; le ScrOUBAbble, un jeu de société estampillé OuBapO ; et, last but not least,  un album somptueux de Chris Ware regroupant les histoires de Quimby the Mouse.

Mention toute particulière pour la fabuleuse paire Florent Ruppert et Jérôme Mulot, dont le Safari Monseigneur se trouve déjà dans toutes les bonnes crémeries. Le binôme, qui a effectué une performance à quatre mains lors de l'assemblée, se révèle être la nouvelle comète de la bande dessinée (grande révélation de cette rentrée), confirmant les traînées flamboyantes qu'ils avaient laissées dans le fandom et autres revues de haute tenue (Atrabile, Grenade, Ferraille). A surveiller : leur site, succursale.org, encore en travaux mais qui présente déjà un magnifique panorama 360° du Tableau de chasse de Safari Monseigneur, et quelques petits hors-d'œuvre animés.

Revigoré par le succès et le tintamarre déclenchés par son Plates-bandes ("le seul de mes ouvrages qui a été réédité", ironise l'auteur), Menu annonce la création pour mars-avril prochain d'une nouvelle revue : L'Eprouvette, qui se veut la continuation et le développement de la collection éponyme et accueillera des textes et bandes dessinées théoriques et critiques, signées tout autant par des bandes dessinateurs que des auteurs extérieurs à la sphère bédéphile.

medium_scroupable.2.jpg

Sur le plateau du ScrOUBAbble, la bande dessinée compte triple ! Lewis Trondheim et J.-C. Menu en pleine partie, samedi dernier.

[Par Le Télégraphiste]

jeudi, 18 août 2005

Chefs-d'œuvre à la pesée

Dix Kilos. C'est le poids de The Complete Calvin and Hobbes, l'imposant coffret de trois volumes réunissant les 3 160 strips de Bill Watterson publiés entre 1985 et 1996.
Ce pavé, publié par Andrews McMeel Publishing, sera disponible en octobre prochain dans les librairies américaines au prix de 150 euros. Et pour cet évènement éditorial, Calvin and Hobbes revient dans les quotidiens américains à partir de septembre et jusqu'à la fin de l'année. Mais, restons calme, il ne s'agit que d'une resucée d'anciens strips déjà publiés. Le maître n'a pas repris ses crayons. Par contre, chose exceptionnelle et notable, Watterson répond dans ce pavé aux questions que ses fans lui ont envoyées.

6,5 gigabytes. C'est le poids de l'œuvre complète d'Osamu Tezuka, soit 382 volumes, téléchargeable sur eBook Japan (pour la modique somme de 119,805 yens, soit 875 euros). Idéal pour vos bibliothèques encombrées...

medium_tezuka_all_balk.jpg

Mais combien pèsera Meta Mouse ? Sous ce nom est annoncé (encore pour octobre) un ouvrage d'Art Spiegelman à l'occasion du vingtième anniversaire de Maus composé de crayonnés et de travaux préparatoires de la
seule bande dessinée récompensée par le jury Pulitzer.

Via Comics Reporter et Egon

[par Le Télégraphiste]

jeudi, 12 mai 2005

Free Comic Book (Yester)Day

Vous l'avez loupé ? Moi aussi ! Samedi dernier, le 7 mai, a eu lieu pour la quatrième année consécutive le Free Comic Book Day. Le principe de cet événement est simple : rendez-vous dans une librairie participante à l'opération et emparez-vous de tous les comics que vous souhaitez... enfin, de ceux que l'on vous autorise à prendre et que chaque éditeur a, en fait, spécialement publié à cette occasion.
Le FCBD se déroule principalement en Amérique du Nord, cependant il existe quelques adresses dans le reste du monde : en France, la seule librairie à participer à ce jour béni était la boutique parisienne Album (celle sise au
6-8 de la rue Dante). Si vous y êtes passés, vous avez peut-être pu en rapporter quelques brochures qui paraissaient bien sympathiques. Ainsi, samedi dernier, à côté des bulldozers (Archie, Star Wars, Batman, GI Joe et le panthéon superhéroïque habituel), le gratin des éditeurs américains dispersait aussi des recueils d'histoires alléchants : Alternative comics (avec James Kochalka, Tom Hart, Matt Madden, etc.), Drawn + Quartely (The Adventures of Paul, par Michel Rabagliati), Fantagraphics (avec les frères Hernandez, Michael Kupperman, Richard Sala, Max Andersson, ou encore Daniel Clowes), Top Shelf, etc. Bref, du beau linge étonnant pour une journée que l'on aurait pu croire réservée aux mastodontes du mainstream.
La prochaine « Fête de la Bédé » ferait mieux de s'inspirer de ce genre d'opération simple et efficace, plutôt que de monter des animations aux allures de kermesse dans des lieux parfois improbables (train, banque,
plateau de jeu télé) qui font, en fin de compte, plus plaisir aux partenaires commerciaux qu'aux lecteurs.
[par Le Télégraphiste]

vendredi, 29 avril 2005

De la Terre à la Lune, en passant par le Japon

Ce soir sur France Culture, à l'occasion de la Japan Expo, l'émission Mauvais Genres est consacrée aux rapports qu'animé et manga japonais peuvent entretenir avec l'univers de Jules Verne. Rôle des enfants, importance de la quête et de l'aventure, place de la technologie, tels sont les thèmes communs à l'homme des « Voyages extraordinaires » et aux auteurs nippons. Mauvais Genres conclura le volet manga avec La jeune fille aux camélias du sulfureux Suehiro Maruo. Cette émission est produite et présentée par François Angelier, avec la collaboration de Olivier Paquet, Stéphane Ferrand et Vincent Bernière.
Pour les malchanceux qui l'auraient manquée, il est possible de l'écouter toute la semaine sur le site de France Culture.
[par Le Télégraphiste]

vendredi, 22 avril 2005

24h chrono

Lancé à l'origine comme un défi amical entre Scott McCloud et Steve Bissette, le « 24 Hour Comics Day » s'est propagé pour devenir une fête de la création en bande dessinée à laquelle participent désormais des dessinateurs du monde entier. Cette année, artistes inconnus ou reconnus vont ainsi se retrouver dans plus de soixante-dix villes à travers la planète (des comic books stores d'Arizona au Centre culturel étudiant de Belgrade) pour participer à ce marathon dessiné. Les règles sont simples : le dessinateur participant doit réaliser une bande dessinée complète, de vingt-quatre pages en vingt-quatre heures, sur le thème de son choix.
Inutile de soulever la question de la qualité des oeuvres produites sous ce genre de contrainte oubapienne : ces 24h ne sont ni une compétition, ni une foire aux bestiaux. L'évènement est suffisamment récréatif pour être remarqué. Et puis c'est toujours plus intéressant que le grand défilé parisien de « BD Pride » que le Syndicat National des Editeurs prépare pour la première mouture de la Fête « nationale » de la bande dessinée (dont on reparlera ici).
Si toi aussi tu veux devenir le Jack Bauer de la BD et participer à ce 24HCD en France, il te faudra aller à Dijon, seule (et première) ville française accueillant cet évènement. L’épreuve, qui est co-organisée sur place par l'association Artkad, se déroulera du samedi 23 au dimanche 24 avril sur le Campus universitaire. L'entrée et la participation sont gratuites, et les artistes seront pourvus en nourriture, boissons et en lit pour faire la sieste. Que demande le peuple !
[par Le Télégraphiste]