jeudi, 11 août 2005
Rentrée des classes pour Daniel Clowes

Je le dis comme ça, sans chichis : Ghost World est l'une des meilleures adaptations au cinéma d'une bande dessinée. Je ne peux donc que me rejouir d'apprendre que le film Art School Confidential, fruit d'une nouvelle collaboration entre Daniel Clowes et Terry Zwigoff, sort le 30 septembre prochain aux Etats-Unis.
L'une des forces de Ghost World-le film était d'avoir réussi à épaissir la courte histoire originale (notamment au travers de Seymour, interprété par Steve Buscemi), et intensifier tout l'humour et la mélancolie de la bande dessinée. Et quand on sait qu'Art School Confidential est tiré d'une bande dessinée de quatre pages, parue en 1991 dans le comic book de Clowes Eightballs, on attend avec impatience notre ami au tournant ! En tout cas, ce que l'on sait pour le moment, c'est que le film s'attaque aux dérives narcissiques dans le milieu de l'art, à travers l'histoire d'un étudiant en art rêvant de gloire qui entre dans sa nouvelle école, et qu'il réunira Max Minghella, John Malkovich, Anjelica Huston et, pour la joie de tous (et surtout la mienne, donc) Steve Buscemi.
A lire : une courte mais intéressante interview de Daniel Clowes à propos de la génèse d'Art School Confidential et de sa vocation précoce de bande dessinateur: « How did you get that f*&%ing awesome job ? », sur le site du magazine ReadyMade. (Via ComicReporter)
Prochaine étape cinématographique : Daniel Clowes a écrit le scénario du film Backyard Resistance (titre provisoire), produit par la Paramount, qui reprend l'histoire vraie de trois gamins qui ont fait un remake plan par plan des Aventuriers de l'Arche perdue. Sortie prévue en 2006.
Enfin, signalons un site en français, complet et régulièrement mis à jour, sur ce dessinateur américain : L'Art de Daniel Clowes.
[par Le Télégraphiste]
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mercredi, 10 août 2005
Ondes hurlantes

Pour vos oreilles, sur Arteradio.com, en ce moment : « Je vais faire le meilleur journal », Histoire sonore de Métal hurlant. Une saga racontée par Jean-Pierre Dionnet, Chantal Montellier, Frank Margerin, Serge Clerc et Etienne Robial (Réalisé en mai 2005 par Christophe Rault et Thomas Baumgartner).
Et toujours (à chercher dans la rubrique "Série" du même site) : Le Carnet de bord de Persépolis 4 par Marjane Satrapi, en 10 épisodes (Fevrier 2003, par les mêmes).
Via le blog de Gilles Laborderie
[par Le Télégraphiste]
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vendredi, 05 août 2005
Histoires de vieux pirates

Il y a deux sortes de parodie. Celle qui se contente de ridiculiser l'œuvre originale consacrée sans vraiment la déranger, et qui tend même à la resacraliser (Je pense à la plupart des pastiches de Tintin, par exemple) ; et celle, plus corrosive, qui critique au-delà et à travers l'œuvre un genre, un discours, une société. Dans ce second cas, la bande dessinée a donné sa part dès les années 30 (Là, je pense plutôt aux Tijuana Bibles) et nombre des dessinateurs ont opéré anonymement ou sous pseudonyme par peur de représailles et de poursuites contre ces détournements infamants. Certains de ceux qui signèrent leurs parodies s'en mordirent presque les doigts...
The Air Pirates était un petit groupe de dessinateurs underground basé à San Fransico (composé de Dan O’Neill, Ted Richards, Bobby London et Gary Hallgren) qui réalisèrent au début des années 70 plusieurs comic books parodiant les histoires et personnages de l'univers Disney. Sexe, défonce et drogues diverses étaient au programme des Air Pirates Funnies qui, comme d'autres bandes dessinées de l'époque surfant sur ces thèmes connurent un beau succès. Mais ces pirates de l'air sont surtout connus pour avoir été poursuivis en justice en 1972 par les productions Disney qui les accusaient de violer marques déposées et copyright.
Ne voulant pas baisser leur crayon, les dessinateurs tentèrent leur chance devant la justice. Et en 1980, après des années de batailles juridiques, Disney accepta finalement de lacher l'affaire en échange de quoi les "Pirates" s'engeagaient à ne plus recommencer. Le temps des frasques du comics underground était déjà bien loin...
Tout ça pour vous signaler que la totalité du premier numéro de ce comic, Mickey Mouse meets the Air Pirates, est en ligne.
Et en bonus, quelques couvertures de comics books parodiques, dans la même veine.
Via Drawn!
[par Le Télégraphiste]
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mercredi, 03 août 2005
The Sunburnest Kid on Earth
Pauvre Jimmy Corrigan ! Déjà qu'il a pas mal de problèmes, mais si sa mère oublie de suivre les précautions de la dernière campagne de l'Institut National du Cancer, que va-t-il devenir ?
Pas besoin d'être un expert pour s'apercevoir que ces affiches placardées partout en France cet été pompent allégrement la silhouette du Smartest Kid on Earth, le héros version juvénile, de Chris Ware. Sans son attirail antimélanome, notre pauvre Jimmy se retrouve nu, rouge comme un homard et... asexué. Si en plus on lui retire ça, le gamin est vraiment mal parti dans la vie !

Concernant de l'actualité de Ware, Flog, le blog des éditions Fantagraphics, nous apprend notamment que The Acme Novelty Library, qui reprend les livrets #7 et #15, sera publié cet automne chez Pantheon books (voir ce lien), et que le prochain Acme #16 (Voir la prévente sur Amazon.com) nous dévoilera la vie de Rusty Brown ainsi que des "Building Stories". Sortie aux Etats-Unis en octobre prochain chez Fantagraphics. La suite des ces histoires est déjà prévue et paraîtra dans le #17, l'année prochaine.
[par Le Télégraphiste]
11:00 Publié dans Télescopage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
lundi, 06 juin 2005
Mormon Attacks !
La bande dessinée vit un flirt de longue durée avec la religion. Qu’il s’agisse du bouddhisme (avec le Ikkyu de Sakaguchi) ou du catholicisme (ah ! le Don Bosco de Jijé ! Ah ! la Bible en BD ! Ah ! La vie de Jean-Paul II vue par Marvel ! J’en passe et des pas possibles…), le phylactère s’est souvent fait prosélyte. Cette fois, c’est au tour des mormons de s’y mettre. Cela aurait pu être seulement anecdotique – et très raté –, si cela n’avait pas été signé par une pointure du comics US : Mike Allred.
Ce type, peu ou pas traduit du tout en France, a rafraîchi les années 90 et le label Legend de Dark Horse (Hellboy, Sin City) avec son comics Madman. Il a signé aussi plusieurs séries, chez Marvel (la très pop et très réussie X-Statix), chez DC (dénichez un ovni appelé Vertical où Andy Warhol figure en guest star), ou en creator-owned (The Atomics).
Et là, il a décidé de nous pondre son acte de foi envers L’Église de Jésus Christ des Saints des derniers jours (le nom complet et compliqué des mormons). Son adaptation du Livre de Mormon (110 millions d’exemplaires, traduit en 66 langues, presque aussi bien que Dan Brown) s’appelle The Golden Plates, et ça lui tient tellement à cœur au Mike, qu’il a décidé de le publier lui-même avec sa boîte d’éditions AAApop comics. Et moi qui ne connaissais que très peu la foi mormonne, j’en ai pris plein les mirettes. En (très) gros, les mormons seraient les descendants de la treizième tribu perdue d’Israël qui aurait trouvé refuge en Amérique en 600 avant Jean-Claude (!), et le Livre de Mormon raconte leur épopée. Revu à la sauce Allred, ça a un petit côté Conan pas dégueu malgré l’aspect didactique lourdingue inhérent à ce type de projet. Le dessin, lui, renifle très fort la dépouille de Jack Kirby qui s’y connaissait aussi en mythes (Galactus, le Fourth World, etc. De quoi créer une religion à lui tout seul !).
A ne pas manquer dans le deuxième volume (le dernier paru) des Golden Plates, la préface particulièrement enthousiaste – et hilarante – de l’auteur. Bref, à lire pour mieux en rire (et surtout pas se convertir me murmure le vieil athée qui habite dans l’hémisphère droit de ma cervelle) et pour se convaincre de la dimension mythologique du comics US très justement soulignée par Fabrice Neaud dans le dernier tome de son Journal.
[par Nono]
12:52 Publié dans Télescopage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 03 juin 2005
Deconstructing Lichtenstein

Aujourd'hui, l'eau a passé sous les ponts, et c'est d'un oeil tantôt amusé tantôt perçant que le Pop se fait recadrer par la bande dessinée. Deux liens pour témoigner de cette tranquille revanche :
> Tout d'abord, une livraison récente du webcomic Cat and Girl de Dorothy Gambrell : le chat (sans la fillette, cette fois) voit défiler au comptoir d'un bar les plus fameuses avant-gardes américaines devenues de simples coktails. Subtil et rafraîchissant !
> Et pour continuer Deconstructing Lichtenstein, le projet de David Barsalou qui a passé ses vingt-cinq dernières années à étudier l'art de Roy Lichtenstein. Ce professeur a dépouillé plus de 30 000 comics pour retrouver les vignettes dont l'artiste pop s'est inspiré pour ses peintures. En décembre 2002, il a exposé à la Gallerie Arno Maris (Massachusetts) des agrandissements de ces cases pour donner l'impression qu'il s'agissait des toiles de Lichtenstein. Aujourd'hui, son site offre une confrontation directe entre les cases de comics originale, publiés entre 1961 et 1965, et les peintures de Lichtenstein. Pour de plus amples informations sur ces emprunts aux comics, on pourra allez faire une petite visite du site Image Duplicator, mis en place par la Fondation Roy Lichtenstein, sur lequel sont recencées toutes les oeuvres du peintre américain (et pour certaines inspirées par la bande dessinées, les références et images détaillées des sources).
[par Le Télégraphiste]

17:45 Publié dans bandes passantes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
mardi, 31 mai 2005
Cercle vicieux
Le Cercle de la BD, qui regroupe près de soixante-dix sites consacrés à la bande dessinée des années 1950 à nos jours, se refait une beauté... Tiens, ça ne vous rappelle rien ? :-)
[par Le Télégraphiste]
10:15 Publié dans bandes passantes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 25 mai 2005
Défaite de la bande dessinée
C'était à prévoir : la grosse kermesse prévue samedi prochain ne se fera pas dans l'apathie générale. Voici in extenso l'appel à boycotter la Fête de la BD signé par un collectif d'éditeurs constitué par L'Association, Atrabile, Cornélius, Ego comme x, Frémok, FLBLB, Rackam, Les Requins Marteaux, 6 pieds sous terre, Vertige Graphic :
La Fête de la BD, défaite de la bande dessinée ?
Les industriels de la bande dessinée nous annoncent aujourd'hui à grands renforts de tambours la création de "la fête de la BD". On nous promet de la BD à tous les repas, de la BD à tous les coins de rue, et même que "les français vont descendre dans la rue pour faire de la BD" (sic). On nous explique encore que cet évènement glorifiera la bande dessinée sous toutes ses formes et dans toutes ses tendances.
Nous, éditeurs de bande dessinée alternatifs, affirmons que la diversité ne sera pas du cortège et que cette manifestation est entièrement destinée à promouvoir ce qui est pensé pour être vendu.
L'idée que la Bande Dessinée puisse être autre chose qu'un divertissement facile est très neuve. C'est une idée qui a grandi lentement, de manière chaotique et imprévisible, au rythme de la végétation qui s'épanouit sur les chemins. Mais les industriels n'ont pas ce genre de patience et rêvent d'autoroutes. Ce que cette fête de la BD annonce en réalité, c'est précisément que la fête est finie et qu'après une décennie de création, le commerce doit reprendre ses droits.
S'appuyant sur les personnages les plus caricaturalement vendeurs de leurs catalogues, les industriels s'achètent aujourd'hui un événement de taille nationale et veulent faire croire par la magie du marketing que la bande dessinée se résume à des héros de verres à moutarde et à un ersatz papier des séries télé les plus complaisantes. C'est comme si le cinéma s'autocélébrait soudain en choisissant de se réduire aux "Bronzés", à "Don Camillo" et à "Taxi 12".
La bande dessinée est constituée d'autant de courants que le cinéma, la littérature ou les arts plastiques. Mettre en avant son versant le plus bassement commercial afin de le faire passer pour le genre tout entier est depuis trop longtemps la stratégie des marchands de soupe.
Nous, éditeurs de bande dessinée alternatifs, tenons à rappeler que la bande dessinée peut être l'absolu contraire de ce que cette mascarade commerciale va présenter. La bande dessinée d'aujourd'hui est plus que jamais un moyen d'expression riche, divers et parfaitement en phase avec son époque, dont le moteur, il est bon de le rappeler, reste entre les mains des auteurs et des créateurs.
Nous, éditeurs de bande dessinée alternatifs, boycottons cette "fête de la BD", pour laquelle les organisateurs accumulent les déclarations malhonnêtes et les ambitions les plus cyniques, et la considérons comme une insulte faite à l'intelligence et à la diversité du moyen d'expression qui est le nôtre.
Ainsi, pendant que des Obélix et des Titeufs géants se dandineront misérablement dans les rues, nous irons travailler à nos prochains ouvrages, en les espérant suffisamment beaux, originaux et pertinents pour qu'on puisse un jour évoquer la bande dessinée en parlant de livres plutôt que d'albums, et d'oeuvres plutôt que de marionnettes.
Via BD Selection
[par Le Télégraphiste]
14:05 Publié dans Fini de rigoler | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 24 mai 2005
La nouvelle jeunesse de Lajaunisse
Micro-évènement éditorial complétement passé inaperçu en France, L’Histoire de M. Lajaunisse, le premier album de bande dessinée français, a été réédité l’année dernière à l’occasion du 6ème Festival COMICON de Naples.
Cet album fut publié la première fois en 1839 par la maison Aubert, au sein de la « Collection des Jabots » du nom du premier album oblong dessiné par le genèvois Rodolphe Töpffer, inventeur de la bande dessinée moderne.
M. Lajaunisse est l’œuvre du jeune Cham (pseudonyme d’Amédée de Noé, 1818-1879) qui publie alors son premier album, influencé par la littérature en estampes töpfferienne. Ce dessinateur, quasi oublié de nos jours, deviendra l’un des plus célèbre de son époque et publiera, entre autres, presque une vingtaine d’autres bandes dessinées en album.
A l'origine de cette réédition, se trouve le scénariste italien de Martin Mystère, Alfredo Castelli, qui est aussi l’un des archéologues de la bande dessinée du groupe de discussions Platinum Age Comics réunissant les spécialistes internationaux du genre pour la période du XIXème siècle.
On notera que ce Lajaunisse est accompagné de trois textes très instructifs (en italien) qui présentent les origines de la bande dessinée en France (par A. Castelli), Cham (par Michel Kempeneers) et la Maison Aubert (par Leonardo De Sá).
Pour commander cette réédition, vendue au prix ridicule de 7 euros : http://www.comicon.it/comiconshop.html
[par Le Télégraphiste]
11:45 Publié dans Archéologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Uniformes et broderies
En tournée américaine pour la promotion de son livre Broderies qui vient d'être publié outre-atlantique (Embroideries, chez Pantheon Books), Marjane Satrapi était invitée la semaine dernière à donner une conférence devant les élèves de la prestigieuse académie militaire nationale de West Point. Le Los Angeles Times, qui rapporte cet évènement dans son édition du 22 mai, nous apprend que Persepolis est au programme de la promotion 2006, et que les futurs militaires doivent l'avoir lu et disserter dessus s'il veulent obtenir leur diplôme.
Les bandes dessinées de Satrapi remportent un certain succès aux Etats-Unis mais on reste étonné par l'initiative des professeurs de cette école militaire qui veulent ainsi rendre leurs élèves plus « tolérants » à l'aide d'une lecture plus facile d'accès que les volumineux traités de stratégie. L'exercice semble avoir été profitable aux militaires comme à la dessinatrice, très émue par cette rencontre inattendue.
[par Le Télégraphiste]
11:00 Publié dans Fini de rigoler | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


