mardi, 03 mai 2005
Carlos Ghosn in the shell
Avec le retour en force sur le devant de la scène médiatique du nouveau PDG de Renault, réapparaît cette bizarrerie éditoriale nipponne que les journalistes occidentaux ne résistent pas à rapporter : le manga retraçant la vie de Carlos Ghosn.
Mais quid exactement de cette bande dessinée citée dans toutes les bios du « cost killer » libano-français, avec autant de nonchalance que l’objet est insolite et que sa simple évocation suffit ?
L'histoire vraie de Ghosn-san fut publiée à partir de fin novembre 2001 et pendant 3 mois dans Big Comic Superior, le magazine bimensuel de mangas ciblés pour salarymen.
Elle nous raconte la vie de ce Français né au Brésil, depuis son enfance au Liban jusqu'à sa prise de fonction chez Nissan, avec ses moments forts qui ont forgé la réputation de ce super-héros du capitalisme international.
Rien de bien extravagant, me direz vous, quand on sait qu'au Japon le moindre nouveau dieu vivant est l'objet d'une telle consécration en images. Et Carlos Ghosn n'est pas le premier français à l'avoir reçue, les vies de deux sportifs français ont déjà été dessinées par des mangakas : Philippe Troussier, l'entraîneur qui a conduit l'équipe japonaise de football en huitièmes de finale du dernier Mondial, et Virginie Dedieu, championne de natation synchronisée.
La revue Challenges avait publié en mai 2002 un article très instructif sur la genèse de l'hagiographie dessinée de Carlos Ghosn (elle était accompagnée de quelques vignettes alléchantes malheureusement absentes de la version en ligne, mais dont il reste la trace dans la version « en cache ») : « Les mangas (...) sont-ils à ce point importants dans l’archipel qu’il fallait les faire entrer dans le plan de communication du patron français ? Ou le président de Nissan est-il si célèbre au Japon qu’il ne pouvait échapper à cette forme de culte ? Un peu des deux, à suivre l’improbable rencontre entre Carlos Ghosn et la maison Shogakukan, l’un des plus puissants éditeurs de ces revues bon marché. »
En effet, l'article nous révélait la méthode de forcing éditorial que l'éditeur imposa à Ghosn : « Soit vous collaborez, et nous vous montrons les planches avant parution. Vous pouvez supprimer toutes les scènes qui vous gênent, sans cependant pouvoir en rajouter ou en réécrire. Soit vous ne collaborez pas, et nous gardons toute notre liberté. »
Un pays où la bande dessinée aurait le pouvoir de faire trembler les puissants... ici, on en rêve encore !
Lien : « La vérité sur...le héros de manga Ghosn », par Bruno Birolli et Régis Arnaud, in Challenges, n°177, du 2 mai 2002.
A lire aussi : « Nissan's Carlos Ghosn Becomes Unlikely Star of Japanese Comic », par Todd Zaun, in The Wall Street Journal du 27 décembre 2001.
[par Antoine]
12:05 Publié dans Propabande dessinée | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

